33eme saison... Clap de fin
Une saison ni plus belle ni pire... qui confirme la distorsion de plus en plus patente entre le cinéma populaire et le cinéma d’auteur, toujours plus pléthorique, toujours plus fragilisé. Inutile de revenir, une énième fois sur l’augmentation du nombre de titres qui induit mécaniquement l’accélération de leur carrière.
Cette 33eme saison a livré son lot d’œuvres fortes et généreuses (Rien de personnel, Un prophète et Le ruban blanc -tous deux récompensés à Cannes, The proposition, et tout particulièrement Une vie toute neuve)...
De déceptions aussi : La révélation, L’arbre et la forêt , A propos d’Elie, Caos calmo, que nous n’avons pas su vous convaincre de prendre le risque de découvrir...
La synthèse la plus marquante de cette saison, c’est Jacques Mandelbaum, critique au Monde, qui la met en évidence dans un article du 26 mai: la simplification, grâce au numérique, de la production des images, la multiplicité des supports de diffusion (ordinateurs, internet, téléphones portables, etc... voile peu à peu la spécificité de la salle de cinéma et rompt la «sacro-sainte trinité (caméra, projection, salle)» qui a forgé l’identité du cinéma.
Le cinéma, partie prenante de l’identité des peuples, volontiers pris en otage par les pouvoirs politiques, abandonne, sous la pression des productions internationales de plus en plus nombreuses, ses frontières nationales pour devenir «apatride», selon l’expression d’Olivier Assayas.
En perdant sa nationalité, le cinéma devra s’inventer de nouveaux repères, de nouvelles exigences s’il ne veut pas se fondre dans le formatage imposé par les chaînes de TV qui le financent et savent développer aujourd’hui des séries tenant la dragée haute au 7eme art.
Passage au numérique : point d’étape
Le vote par l’Assemblée nationale de la loi organisant le financement de l’équipement numérique des salles de cinéma sera effectif, sauf accident au Sénat, dans le courant de l’été.
Ce texte que bon nombre de professionnels de la filière estiment imparfait a au moins le mérite de fixer le cadre qui devrait assurer l’accès à la technologie numérique de la presque totalité des salles de la petite et moyenne exploitation (l’équipement de la grande exploitation étant déjà acquis).
Ainsi, la loi organise le transfert d’une partie des économies réalisées par les distributeurs sur le tirage des copies vers les salles pour leur permettre de faire face à cet investissement. Pour les plus fragiles, le Centre National de la Cinématographie met en place un fonds d’aide sélective.
Tout le monde convenant que la profession allait devoir inventer de nouvelles pratiques, le législateur a eu la sagesse d’établir des garde-fous en élargissant les pouvoirs du Médiateur du cinéma et surtout en prévoyant au bout d’un an la révision de ce texte pour y apporter d’éventuelles modifications.
La première incidence de la loi va être l’accélération de l’équipement des salles dans la limite des capacités de production industrielle de ces appareils aussi fragiles que complexes et coûteux (environ 80000 euros par salle sans compter les travaux de modification des cabines de projection).
Pour le Sémaphore, l’objectif serait de pouvoir équiper un ou deux écrans d’ici la fin de l’année tout en s’intégrant dans un projet de fonds de mutualisation pour les salles art et essai du Languedoc-Roussillon en cours d’étude de faisabilité au travers de l’association nouvellement crée des cinémas et circuits itinérants du L-R (ACCILR).
L’idée est de revenir au fonds de mutualisation initialement imaginé par les professionnels indépendants (producteurs, distributeurs et exploitants) dans le cadre du Collectif des Indépendants pour le Numérique (CIN).
Si ce séduisant projet est assez simple à énoncer, sa mise en musique risque fort d’être une autre affaire et nécessitera une volonté forte des exploitants art et essai de travailler ensemble.
C’est toute une culture que nous ne maîtrisons pas et qu’il va nous falloir acquérir très vite... Un beau challenge pour l’été.A l’automne, il sera trop tard.